Internat :

Une pratique éducative à Transition, internat.

Essais pour un projet

Les objectifs

Il n’existe pas de parcours type de l’individu, ni de temps chronologique. Notre action est toujours déterminée par le temps de chacun des jeunes accueillis.

Si l’insertion reste notre objectif central, il ne peut pas se réaliser à n’importe quel prix, un travail de restauration du jeune est préalable.

La structure propose de recréer un milieu familial symbolique qui a manqué, où chacun pourra remettre en jeu ses positions personnelles. C’est un lieu permettant l’apprentissage de la responsabilité où le jeune sera invité à trouver sa place à partir de la compréhension de son histoire car il n’est et ne sera qu’à partir de ce qu’il a été.

Nous accueillons des mineurs, dans quelques mois, quelques petites années pour certains, ils seront majeurs, cela veut dire que le temps presse. Issu d'un milieu familial déstructuré la projection dans l’avenir de l’adolescent ne se fera plus à partir du domicile familial. Nous intervenons dans ce temps de construction de projets de vie.

Nous nous confrontons à des jeunes souvent inscrits dans un discours de plainte, il s’agira pour nous de favoriser un décalage dans la position du jeune. Ce travail deviendra opérant si le jeune accepte de se départir de ce statut de victime et opte pour un statut de sujet en devenir, s’autorisant alors à construire un projet de vie. Nous savons qu’il aura plus de chance de s’approprier son projet s’il peut s’appuyer sur le désir de l’éducateur. Pour cela, nous proposons une réelle confrontation, de réels échanges, un engagement exigeant, tant vis à vis de nous-mêmes que des jeunes.

Si nous prenons l’insertion du côté du lien social, de la responsabilité, de l’identité, avoir cet objectif sera alors d’aider le jeune à avoir une liberté de choix sans se mettre en marge. C’est de l’intérieur d’un mouvement, se donner la possibilité de trouver d’autres réponses que l’exclusion. Il s’agit de tenir compte de la position dans laquelle le jeune est, sans jamais perdre de vue le principe de réalité.

Transition, un passage vers un ailleurs.

Pour partir, il faut y être, aussi il est important que le jeune puisse être acteur de son placement. Dans ce lieu, le jeune pourra revivre les obstacles déjà vécus, se saisir de notre aide pour ne pas se dérober, tout en lui permettant un travail d’élaboration au vu des expériences manquées.

Transition doit être l’endroit de la restauration de la Loi, mais aussi un lieu où le jeune puisse se restaurer de telle sorte qu’il pourra se confronter à la vie sociale. Il s’agit de conforter le jeune dans ses qualités d’être social, de lui renvoyer une image revalorisante, lui laissant entrevoir qu’il peut s’y autoriser malgré son histoire et la culpabilité dont il se charge. Pour autant, il ne s’agit pas de venir combler à tout prix, mais de veiller à toujours maintenir cet espace sans lequel le questionnement n’est pas possible. Cet accompagnement sera soutenu dans le cadre des limites et des règles de la structure qui resteront négociables dans un espace tolérable.

L’accueil

Il nous paraît primordial de dégager une première idée forte : l’accueil

Cette notion est centrale et fondamentale.

C’est un lieu spécifique où se jouent et se rejouent des situations de l’histoire de chacun des accueillis. Pour pouvoir aborder et travailler ce parcours singulier et indivisible il convient d’affirmer au jeune accueilli qu’il est avant tout sujet et donc acteur de son placement ; le placement étant en soi une situation extraordinaire. Car même s’agissant de notre quotidien professionnel, nous évitons de banaliser le pourquoi le jeune en est là.

Accueillir, c’est alors suggérer des possibles, percevoir si le jeune pourra faire ici un bout de chemin. Il va s’agir de l’aider à le construire, en tentant de se dégager des perceptions figeantes parce que déterminées.

L’admission

L’accueil d’un jeune à Transition débute par une procédure d’admission, instant singulier d’une première rencontre entre un jeune et deux éducateurs dont l’un deviendra son éducateur référent.

Tout placement est une situation extraordinaire. Aussi s’agira t-il lors de cet entretien d’admission de préserver un espace de parole où le jeune sera amené à formuler pourquoi il en arrive à cette situation de demande d’aide.

Chacun de son côté va tenter d’évaluer s’il existe des possibles : de travail pour l’éducateur, d’inscription dans ce lieu-relais pour l’adolescent. Ce moment clé offrira parfois aux éducateurs la possibilité de percevoir le désir du jeune et la place qu’il souhaite occuper dans cette démarche.

Ce temps de l’admission devra permettre :

- de repérer quelle compréhension à le jeune de son vécu.

- dans le cas de la répétition d’échecs, de vérifier s’il sait mesurer sa part de responsabilité. Est-il prêt à modifier certains comportements afin de remédier à ces échecs ?

- accepte t-il de se questionner ou rejette t-il toute la responsabilité du côté de l’autre.

- envisage t-il de s’inscrire dans un échange social codifié.

- est-il prêt à s’intégrer dans un cadre institutionnel.

Ouvrir un espace où le jeune pourra s’approprier sa responsabilité en place de sujet acteur et point seulement comme victime, telle est définie la phrase d’admission de notre structure.

Le quotidien

A la question posée à une jeune fille : « Alors, comment cela se passe pour toi depuis que tu es à Transition ? », elle répondit : « Ici, je vis ».

L’accueil fait penser à lieu d’accueil et par-là même à lieu de vie. Un lieu de vie entendu au sens de lieu où l’on vit, en tout cas, une partie de cette tranche de vie ; et la vie, ça se vit au quotidien.

Le quotidien, c’est ce partage de moments de joie, d’humour, de peines, de contraintes, de confrontation, de violence, d’apaisement.
Ce lieu n’est pas notre lieu de vie principal. Tous les jours, les jeunes voient des adultes faire, se parler, se relayer sans que pour autant la routine s’installe, et pourtant chacun a ses habitudes. Les éducateurs font ce qu’il y a à faire pour le bon fonctionnement de la maison, c’est un choix éducatif de s’inscrire dans chaque instant. Toujours éducateur, en plus nous sommes cuisiniers, bricoleurs, jardiniers, décorateurs, peintres, veilleurs de nuit, la vie quoi !

L’important, c’est de ne pas multiplier les intervenants où l’éducateur ne serait plus qu’un «technicien de la relation », plus du tout concerné par ces tâches. Ainsi, difficile pour chacun de se dérober, tant du côté des jeunes que de celui des éducateurs.

Le souci des éducateurs de ne pas déléguer à d’autres ce faire a aussi pour objectif l’émergence de modèles identificatoires et la volonté de susciter une proximité susceptible de favoriser la réassurance du jeune et lui permettre de s’exposer.

Pour qu’il puisse s’y résoudre sans danger, encore faut-il que l’adulte, à travers ce faire s’engage aussi et y dépose de sa place, son désir et son envie : gages d’une empathie susceptible d’être opérante.

L’accueil des jeunes adolescents souvent en rupture de représentations sociales de la Loi nécessite la définition d’un lieu suffisamment chaleureux afin que puissent être remises en jeu leurs identifications.

L’éducateur référent

Chaque jeune se voit désigné un éducateur référent dés la première rencontre, lors de l’admission. Il occupe une place pivot et sera l’interlocuteur privilégié, tout au moins incontournable au cours du placement pour le jeune et pour les différents intervenants extérieurs : organismes placeurs, mission locale, enseignants, employeurs...

Adulte pivot et relais, car à partir du travail entrepris avec ce jeune, s’articulera le suivi avec l’ensemble des partenaires.

L’instauration de cette relation duelle inscrit le référent dans un rôle d’écoute, d’observation et de guidance. Au sein de l’institution, il proposera une orientation de travail pour permettre à l’ensemble des éducateurs, chacun à leur tour, d’exercer un accompagnement cohérent. Il assure ainsi la continuité de l’action engagée.

Pour ne pas enfermer le jeune dans une relation de dépendance ou d’exclusive, où la parole des autres n’aurait plus de crédit, il veillera à privilégier ce travail de partenariat.

La place occupée par le référent est essentielle au sens où elle engage aussi un adulte. Cette unicité tend à préserver de la dilution des responsabilités. A charge pour lui de rendre compte au plus juste de son travail dans les réunions, (réunion hebdomadaire, synthèse, supervision.), et de se confronter à l’échange avec ses pairs pour faciliter l’élaboration d’une action appropriée.

Supervision. Régulation

Si la structure est, entre autre, un lieu de parole pour les jeunes accueillis, elle doit aussi offrir cette possibilité aux éducateurs qui y travaillent. Ceci permet une articulation signifiante structurante.

Cet éclairage de notre travail se fait au regard de la psychanalyse, donc en présence d’un intervenant extérieur de formation analytique.

La supervision

Une instance de supervision, c’est :

- la possibilité de se décaler de la pression institutionnelle et des organisations de contrôle pour se centrer sur un travail clinique,

- pouvoir dérouler le travail éducatif entrepris auprès des jeunes et tenter d’en avoir une compréhension au regard de son histoire, de sa culture,

- questionner la place que l’on occupe dans cet accompagnement et en analyser les incidences,

- repérer le transfert et réfléchir à la façon de le manier,

- éclaircir des doutes quant à la structure psychologique d’un jeune,

- s’autoriser à parler de l’existence ou de l’absence de notre désir à l’égard d’un jeune,

- réfléchir dans l’après coup à une action menée.

Ce n’est en aucune manière un lieu de décision.

Tout ceci exige que ce cadre de travail permette à chacun de travailler en confiance. D’où le nécessaire choix du superviseur par les éducateurs titulaires, avec l’accord de chacun sur une personne.

Son externalité préserve d’un enfermement plus ou moins conscient dans des habitudes de fonctionnement, et de la stéréotypie d’un langage codé et entendu.

La présence à cette supervision est obligatoire pour tous : titulaires, remplaçants, stagiaires en formation.

La régulation

Le cadre de fonctionnement de cette instance repose sur les mêmes principes que pour la supervision.

Elle tend à promouvoir et à faciliter le pourquoi chacun se trouve engagé, dans l’accueil et l’accompagnement de cas sociaux. Il s’agit pour chacun de tenter de témoigner de son positionnement à l’égard de ses collègues et de voir en quoi et comment chaque éducateur fait partie d’une équipe de travail. Qu’est-ce qu’une équipe ?

La régulation permet aussi de déposer là une parole, qui dans d’autres instances est «empêchée ».

La vie institutionnelle n’est pas à l’abri de répétitions ; la régulation peut permettre de les repérer, de voir en quoi chacun y a sa propre responsabilité et enfin comment s’en décaler.

La toute puissance de l’imaginaire se voit tempérée par un échange, une confrontation et une réflexion collective.